Echappons-nous .... d'Echappées belles.......
Ce samedi 22 mars , un épisode de l'émission bien connue << Echappées belles >> était diffusé . Le thème en était la Corse en hiver.
Échappons-nous… d’Échappées belles..
Ce samedi 22 mars, un épisode de l’émission bien connue « Échappées belles » était diffusé. Le thème en était la Corse en hiver.
On s’attendait ainsi à voir la présentation d’expériences de vies marquées par une forte authenticité (toutes les vies sont d’égale dignité et, bien évidemment, le propos n’est pas d’opérer des distinctions sur ce point, il est seulement de considérer le terme dans le sens où il caractérise ce qui illustre une spécificité).
La spécificité de ceux qui, ancrés dans leur terre ancestrale, vivent en osmose avec une île qui, en cette période de l’année, est un peu elle-même.
Mais ce fut un spectacle désolant de lieux communs et de clichés de - mauvaises - cartes postales, sans aspérités, sans goût, un ton lisse et toujours faussement bienveillant. Et l’on nous a servi même le « Fratté » que, nous a-t-on assurés, tous les Corses employaient entre eux presque depuis la nuit des temps pour signifier un lien profond.
Billevesées que tout cela !
On pensait en effet que nous serait épargnée la mise en avant d’un phénomène d’acculturation qui emprunte à la culture des banlieues, et pas de celle qui est la plus raffinée.
Il est vrai toutefois que nombre de jeunes corses usent de ce vocable, sans doute non conscients (il faut l’espérer) de ce qu’il porte et d’où il vient, quoi qu’il en soit non représentatif de ce qu’ils veulent signifier. Il n’est nullement utile de se répéter toute la journée qu’on est frère, ne suffit-il pas d’agir en ce sens sans grands mots ni effusions ? L’état de la société corse devrait nous inciter à dépasser l’apparence des mots pour aller davantage vers l’être.
On pardonnera à une jeunesse qui, par définition, ne peut savoir encore bien des choses.
Mais ceux qui prétendent illustrer une réalité devraient, quant à eux, s’informer de la réalité d’un territoire et ne pas prêter leur concours à la fabrication d’un folklore d’origine exogène.
De la même façon que l’on pourrait éviter de qualifier la Méditerranée d’océan…
Pour le reste, la présentation des Corses du terroir était réduite à la portion congrue. Non que l’on soit acrimonieux à l’égard de ceux qui, plus ou plus fraîchement débarqués, considèrent en savoir plus sur nous et ce que nous sommes. Mais l’absence chez eux, nécessairement, de l’accumulation des strates qui font l’Histoire, avec ses joies et ses peines (nombreuses), les fait immanquablement (mais il n’y a aucun jugement de valeur ou critique en ces propos) passer à côté de l’âme d’un peuple.
Sur le fond qu’a-t-on pu voir ?
Des bains de mers revigorants pour « bobos » ou assimilés en combinaison de plongée. Et chacun sait que nos grands-mères se baignaient descendant des villages en plein mois de février…
On eut des leçons d’Histoire de la corse, avec accent, de ceux, et ce n’est pas leur faute, qui ne peuvent qu’en connaître l’écume.
Des saynètes qui filent, sans cohérence et sans construction, comme dans un mauvais film de propagande.
Avec des moments, trop rares et trop brefs, où une vérité affleure.
Comme celui avec Diana Salicetti qui a une connaissance intime de sa terre et qui mène des actions pensées.
Comme celui également où l’on vit cet artisan coutelier qui entraîne avec lui un groupe d’amis mû par la protection d’une identité en danger. Cela nous permit de percevoir un peu de la profondeur des gens de cette terre.
Le drame de notre époque est qu’on refuse le temps long, celui où les paroles peuvent s’étendre et s’épandre, pour donner du sens et créer du lien avec l’autre.
C’est le monde de la vitesse et de l’immédiateté. On doit passer rapidement d’une chose à l’autre, d’une image à l’autre, sans que l’on puisse percevoir une quelconque trajectoire. La trajectoire d’une vie, la trajectoire d’un discours qui devient pensée.
Ainsi, de cette émission, dont on ne retiendra au final pas grand-chose, resteront néanmoins les visions fugaces déjà évoquées, auxquelles on pourra ajouter celles de ce vigneron inspiré, de cet éleveur de porcs qui reste dans une tradition qu’il entend protéger. Aussi, ces belles et profondes paroles de cette artiste qui crée des vitraux et qui, pour ceux destinés à l’église de Guagno, nous a expliqué qu’elle les avait conçus en symbiose avec les paroissiens pour y intégrer leur mémoire. C’était intelligent et fin.
C’était, un retour vers la Corse de l’intérieur, plus pure et plus vraie car ne subissant pas les assauts des hordes des nouveaux barbaresques qui viennent à la belle saison se donner le frisson de ce qu’ils croient être l’aventure.
Ce moment de grâce aurait pu perdurer si le propos avait été de nous donner à voir la Corse des châtaigniers et des villages aux feux de cheminées dans un hiver qui, parfois, peut être rude.
Au lieu de cela nous avons eu une pêche aux oursins, sans grand intérêt, et en rien typique, des discours dans l’air du temps sur la nécessité de préserver la nature et sur la réintroduction du cerf.
Certes ces animaux sont majestueux et d’une noblesse infinie, et nous plongent dans un univers souvent pénétré de magie, mais on oublie, dans la lignée d’un discours commun d’une écologie extrémiste, que tout ne peut être qu’équilibre.
Ainsi, on ne peut que constater que cette réintroduction n’a pas fait l’objet, hélas, d’une réflexion globale, à savoir celle concernant notamment la prise en considération des autres occupants, légitimes, du territoire, dont les agriculteurs par exemple. Pour ces derniers, c’est une invasion qu’ils doivent gérer dans certaines régions de l’Île, et faire face à des destructions de leurs plantations contre laquelle la seule solution, fort onéreuse, est la mise en place de clôtures de grande hauteur. Et l’on ne parle pas des particuliers qui voient aussi leurs vergers et autres végétaux dévastés.
Mais que nul ne s’avise de protester, la bête est protégée, à juste titre sans doute.
Mais que va-t-il arriver ?
Les cerfs n’ayant pas de prédateurs naturels, ces animaux vont immanquablement proliférer au détriment d’une protection bien comprise de la biodiversité.
On n’ose parler de la situation des hommes, car en ces temps de relativisme, l’homme se trouve réduit à un état inférieur à celui des animaux et végétaux.
C’est bien la marque d’un écologisme aux petits pieds qui ne se nourrit que des seuls bons sentiments, loin du réel qui est nécessairement complexe.
Ainsi veut-on forcer l’ensemble du corps social à se soumettre à des postulats qui pourtant, souvent, sont discutables. Ceux qui veulent notre bien sont encore à la manœuvre.
On ne conservera pas grand-chose de cette émission qui a présenté une Corse des clichés, aseptisée et privée de sa profondeur, que seuls ceux qui prennent le temps peuvent percevoir. Mais rassurons-nous, il n’a pas été oublié de rester dans les clous d’un politiquement correct de bon aloi qui commence à être fort lassant, car omniprésent et donc pesant.
Jean-François Poli