Associu Palatinu : un peu plus qu'une conférence
La conférence avait pour thème << vers un nationalisme corse de droite ? >>
Associu Palatinu : un peu plus qu’une conférence
La conférence qui était organisée dernièrement à Bastia par l'Associu Palatinu avait pour thème « Vers un nationalisme corse de droite ? » A priori, il s’agissait uniquement d’une communication historique et culturelle de Nicolas Battini portant sur les origines du nationalisme corse. En réalité, cela représentait un rendez-vous très politique.
L'association Palatinu avait appelé à assister à une conférence durant laquelle son initiateur et président Nicolas Battini, auteur de l'essai « Le sursaut corse : L'identité plutôt que l'indépendance », invitait à mieux connaître les origines historique du palatinisme qu’il entend hisser au niveau d’une école de pensée du nationalisme corse de droite. L’assistance d’une cinquantaine de personnes n’a pas été déçue. Durant deux heures, en répondant par de longs développements aux questions d’un animateur puis à celles venant de l’assistance, celui qui est aussi le leader du parti politique Mossa Palatina, a déroulé un fil historique visant à convaincre que les racines du nationalisme corse ont initialement pris naissance et force à droite et même à droite de la droite.
Selon Nicolas Battini, le nationalisme corse est né il y a un siècle et, originellement, a été un courant idéologique identitaire, catholique, de droite et autonomiste, et non un courant ayant puisé ses idées dans les luttes anticolonialistes, tiers-mondistes, de gauche et indépendantistes d’Afrique et d’Asie de l’après Deuxième guerre mondiale. Selon lui, deux hommes en ont été les initiateurs au début des années 1920 : Santu Casanova, intraitable défenseur de la culture, de la langue et de la tradition corses, fondateur de la revue culturelle et linguistique A Tramuntana qui revendiquait la spécificité du parler et de l’écrit corses ; et Petru Rocca, ancien combattant de la Première guerre mondiale dans les rangs de l’Armée française ayant été blessé et décoré, fondateur du Partitu Corsu d’Azzione et d'A Muvra, parti politique et journal régionalistes puis autonomistes.
Pour Nicolas Battini, c’est clair : même si par rejet d’une République qui refusait l’identité corse et les droits politiques, culturels et linguistiques spécifiques pouvant s’y rattacher, Santu Casanova a été séduit par l’irrédentisme mussolinien qui faisait les yeux aux militants culturels et politiques corses et Petru Rocca a fait sien une partie du message fasciste, les deux hommes ont été deux précurseurs majeurs du nationalisme corse.
Concepts idéologiques et éléments de langage provenant d’Alger et de Moscou
Nicolas Battini a entendu rappeler que l’autonomisme qu’avait inspiré et porté A Muvra, a été rejeté après la fin de la Deuxième guerre mondiale, bien que n’ayant jamais prôné l’indépendance de la Corse et que la plupart des ses militants et sympathisants n’aient ni rejoint les rangs de l’irrédentisme, ni collaboré avec les autorités fascistes quand les troupes mussoliniennes ont envahi la Corse. Il a aussi appelé à se remémorer qu’au début des années 1960, le régionalisme corse ayant ouvert le chemin à un renouveau du nationalisme, était identitaire et se réclamait essentiellement - comme le manifeste du Comité d’Études et de Défense des Intérêts de la Corse (CEDIC) créé en avril 1964 - de la défense de l’ethnie corse. Le virage du nationalisme corse que Nicolas Battini considère avoir été anticolonialistes, tiers-mondistes, de gauche et indépendantiste, au détriment des revendications identitaire et autonomiste, a selon l’intéressé été pris durant les années 1970.
Le président de l’Associu Palatinu n’a toutefois pas précisé s‘il considérait qu’Edmond et Max Simeoni et leurs partisans s’étaient alors pleinement inscrits dans cette évolution, du moins intellectuellement car ils restaient autonomistes et refusaient de recourir à la violence politique et à la clandestinité. En revanche, Nicolas Battini a été affirmatif : les fondateurs du FLNC puis les militants qui se référaient politiquement à la démarche stratégique Lutte de Libération Nationale (LLN) devenue dominante au sein du nationalisme corse au cours des années 1980, se sont inspirés d’une lecture anti-colonialiste et révolutionnaire de gauche du rapport entre la France et la Corse, et ont repris des concepts idéologiques et des éléments de langage provenant d’Alger et de Moscou. Il a d’ailleurs dit attribuer à cette évolution anti-colonialiste et révolutionnaire,
le fait que le nationalisme LLN soit resté très minoritaire au sein du peuple corse et n’ait jamais obtenu de grands succès électoraux. Selon lui, il ne pouvait percer au sein d’une société corse qui restait imprégnée de ses valeurs identitaires et était majoritairement de droite, et au sein de laquelle l’influence des anciens combattants restait forte. Selon lui aussi, l’idée représentant un homme corse colonisé, ne s’imposait qu’au sein d’un noyau de militants et sympathisants de la LLN,
Une page du nationalisme en train de se fermer
En conclusion de son propos, Nicolas Battini a affirmé que la page du nationalisme anti-colonialiste, tiers-mondiste, de gauche et indépendantiste était chez nous en train de se fermer et que celle d’un renouveau du nationalisme identitaire et de droite était en train de s’ouvrir. Il a dit sa conviction que l’Associu Palatinu contribuait fortement à cette évolution et qu’une partie importante de la jeunesse corse s’y reconnaissait ou éprouvait de la sympathie pour elle. Il a précisé que, selon lui, la jeunesse n’est plus comme il l’a lui-même été, attirée par la violence politique et les discours anti-colonialistes et révolutionnaires.
Il a assuré voir dans le nouveau virage du nationalisme corse, une aspiration à s’inscrire dans un grand mouvement civilisationnel incarné par les succès électoraux de leaders de droite dans les pays occidentaux (Trump, Meloni…) ; leaders qui outre défendre les spécificités de leurs peuples, s’opposent résolument au wokisme et à l’islamisme. Nicolas Battini a dit considérer en conséquence que l’Associu Palatinu et le parti Mossa Palatina qui sont représentatifs et porteurs de ce grand mouvement, ont pour mission d’y inscrire un nationalisme corse de droite décomplexé, revenant aux fondamentaux identitaires et autonomistes que défendaient les nationalistes corses des années 1920 et 1930.
Il a aussi souligné que lui et ses amis doivent travailler à établir des liens et des convergences avec d'autres mouvements en Europe et en France qui portent les combats de droites identitaires refusant le wokisme et l’islamisation. Ces propos ont été écoutés avec attention et semble-t-il une grande adhésion par une assistance au sein de laquelle on pouvait reconnaître François Filoni, le chef de file corse du Rassemblement National, Ariane Quarena qui a été la candidate de ce parti aux dernières élections législatives dans la première circonscription de Corse du Sud, Filippo de Carlo, un des leaders Forza Nova. De quoi en venir à considérer que l’on était non seulement dans le cadre d’une communication historique et culturelle de Nicolas Battini portant sur les origines du nationalisme corse, mais aussi dans celui d’un rendez-vous très politique qui en appelait d’autres.
Pierre Corsi
Crédit photos : Mossa Palatina ( afffiche ) , JDC et archives
La conférence qui était organisée dernièrement à Bastia par l'Associu Palatinu avait pour thème « Vers un nationalisme corse de droite ? » A priori, il s’agissait uniquement d’une communication historique et culturelle de Nicolas Battini portant sur les origines du nationalisme corse. En réalité, cela représentait un rendez-vous très politique.
L'association Palatinu avait appelé à assister à une conférence durant laquelle son initiateur et président Nicolas Battini, auteur de l'essai « Le sursaut corse : L'identité plutôt que l'indépendance », invitait à mieux connaître les origines historique du palatinisme qu’il entend hisser au niveau d’une école de pensée du nationalisme corse de droite. L’assistance d’une cinquantaine de personnes n’a pas été déçue. Durant deux heures, en répondant par de longs développements aux questions d’un animateur puis à celles venant de l’assistance, celui qui est aussi le leader du parti politique Mossa Palatina, a déroulé un fil historique visant à convaincre que les racines du nationalisme corse ont initialement pris naissance et force à droite et même à droite de la droite.
Selon Nicolas Battini, le nationalisme corse est né il y a un siècle et, originellement, a été un courant idéologique identitaire, catholique, de droite et autonomiste, et non un courant ayant puisé ses idées dans les luttes anticolonialistes, tiers-mondistes, de gauche et indépendantistes d’Afrique et d’Asie de l’après Deuxième guerre mondiale. Selon lui, deux hommes en ont été les initiateurs au début des années 1920 : Santu Casanova, intraitable défenseur de la culture, de la langue et de la tradition corses, fondateur de la revue culturelle et linguistique A Tramuntana qui revendiquait la spécificité du parler et de l’écrit corses ; et Petru Rocca, ancien combattant de la Première guerre mondiale dans les rangs de l’Armée française ayant été blessé et décoré, fondateur du Partitu Corsu d’Azzione et d'A Muvra, parti politique et journal régionalistes puis autonomistes.
Pour Nicolas Battini, c’est clair : même si par rejet d’une République qui refusait l’identité corse et les droits politiques, culturels et linguistiques spécifiques pouvant s’y rattacher, Santu Casanova a été séduit par l’irrédentisme mussolinien qui faisait les yeux aux militants culturels et politiques corses et Petru Rocca a fait sien une partie du message fasciste, les deux hommes ont été deux précurseurs majeurs du nationalisme corse.
Concepts idéologiques et éléments de langage provenant d’Alger et de Moscou
Nicolas Battini a entendu rappeler que l’autonomisme qu’avait inspiré et porté A Muvra, a été rejeté après la fin de la Deuxième guerre mondiale, bien que n’ayant jamais prôné l’indépendance de la Corse et que la plupart des ses militants et sympathisants n’aient ni rejoint les rangs de l’irrédentisme, ni collaboré avec les autorités fascistes quand les troupes mussoliniennes ont envahi la Corse. Il a aussi appelé à se remémorer qu’au début des années 1960, le régionalisme corse ayant ouvert le chemin à un renouveau du nationalisme, était identitaire et se réclamait essentiellement - comme le manifeste du Comité d’Études et de Défense des Intérêts de la Corse (CEDIC) créé en avril 1964 - de la défense de l’ethnie corse. Le virage du nationalisme corse que Nicolas Battini considère avoir été anticolonialistes, tiers-mondistes, de gauche et indépendantiste, au détriment des revendications identitaire et autonomiste, a selon l’intéressé été pris durant les années 1970.
Le président de l’Associu Palatinu n’a toutefois pas précisé s‘il considérait qu’Edmond et Max Simeoni et leurs partisans s’étaient alors pleinement inscrits dans cette évolution, du moins intellectuellement car ils restaient autonomistes et refusaient de recourir à la violence politique et à la clandestinité. En revanche, Nicolas Battini a été affirmatif : les fondateurs du FLNC puis les militants qui se référaient politiquement à la démarche stratégique Lutte de Libération Nationale (LLN) devenue dominante au sein du nationalisme corse au cours des années 1980, se sont inspirés d’une lecture anti-colonialiste et révolutionnaire de gauche du rapport entre la France et la Corse, et ont repris des concepts idéologiques et des éléments de langage provenant d’Alger et de Moscou. Il a d’ailleurs dit attribuer à cette évolution anti-colonialiste et révolutionnaire,
le fait que le nationalisme LLN soit resté très minoritaire au sein du peuple corse et n’ait jamais obtenu de grands succès électoraux. Selon lui, il ne pouvait percer au sein d’une société corse qui restait imprégnée de ses valeurs identitaires et était majoritairement de droite, et au sein de laquelle l’influence des anciens combattants restait forte. Selon lui aussi, l’idée représentant un homme corse colonisé, ne s’imposait qu’au sein d’un noyau de militants et sympathisants de la LLN,
Une page du nationalisme en train de se fermer
En conclusion de son propos, Nicolas Battini a affirmé que la page du nationalisme anti-colonialiste, tiers-mondiste, de gauche et indépendantiste était chez nous en train de se fermer et que celle d’un renouveau du nationalisme identitaire et de droite était en train de s’ouvrir. Il a dit sa conviction que l’Associu Palatinu contribuait fortement à cette évolution et qu’une partie importante de la jeunesse corse s’y reconnaissait ou éprouvait de la sympathie pour elle. Il a précisé que, selon lui, la jeunesse n’est plus comme il l’a lui-même été, attirée par la violence politique et les discours anti-colonialistes et révolutionnaires.
Il a assuré voir dans le nouveau virage du nationalisme corse, une aspiration à s’inscrire dans un grand mouvement civilisationnel incarné par les succès électoraux de leaders de droite dans les pays occidentaux (Trump, Meloni…) ; leaders qui outre défendre les spécificités de leurs peuples, s’opposent résolument au wokisme et à l’islamisme. Nicolas Battini a dit considérer en conséquence que l’Associu Palatinu et le parti Mossa Palatina qui sont représentatifs et porteurs de ce grand mouvement, ont pour mission d’y inscrire un nationalisme corse de droite décomplexé, revenant aux fondamentaux identitaires et autonomistes que défendaient les nationalistes corses des années 1920 et 1930.
Il a aussi souligné que lui et ses amis doivent travailler à établir des liens et des convergences avec d'autres mouvements en Europe et en France qui portent les combats de droites identitaires refusant le wokisme et l’islamisation. Ces propos ont été écoutés avec attention et semble-t-il une grande adhésion par une assistance au sein de laquelle on pouvait reconnaître François Filoni, le chef de file corse du Rassemblement National, Ariane Quarena qui a été la candidate de ce parti aux dernières élections législatives dans la première circonscription de Corse du Sud, Filippo de Carlo, un des leaders Forza Nova. De quoi en venir à considérer que l’on était non seulement dans le cadre d’une communication historique et culturelle de Nicolas Battini portant sur les origines du nationalisme corse, mais aussi dans celui d’un rendez-vous très politique qui en appelait d’autres.
Pierre Corsi
Crédit photos : Mossa Palatina ( afffiche ) , JDC et archives