• Le doyen de la presse Européenne

Nous regarder dans un miroir......

Pierre Alessandri a été abattu par un ou des inconnus.

Nous regarder dans un miroir…



Pierre Alessandri a été abattu par un ou des inconnus. L’enquête dira peut-être les raisons de cet acte. Ce qui est certain que cet homme était un travailleur, un homme d’une honnêteté sans faille et dont la vie tout entière a été guidée par des principes.


Un militant, un agriculteur et un gros travailleur


Pierre Alessandri avait été un des fondateurs d’a Ghjuventù paolina en 1992 après la rupture de la coalition Corsica nazione. Responsable du syndicat Via Campagnola associée, il avait auparavant milité à la Cunsulta di i Studienti Corsi à Corte. Membre du Rinnovu dès 1998, ancêtre de Cor’in fronte, il avait été candidat lors de l’élection territoriale de 2004. Vice-président de la Chambre d’Agriculture de la Corse du Sud, il avait été candidat à la présidence en 2019. Il s’était toujours battu contre la spéculation immobilière et même temps qu’il travaillait à la production d’agrumes et à la production d’huile essentielle sur son exploitation d’u Mandriolu sur la commune de Sarrola-Carcopino. En 2019, des inconnus avaient brûlé son outil de travail et, depuis, il était sujet à des dégradations diverses : vols d’immortelles, d’huiles essentielles…

Une émotion dans la Corse entière


L’émotion soulevée par son assassinat tient à ce qu’il a été perpétré quelques jours après la manifestation antimafia d’Ajaccio, mais aussi qu’il a touché un homme sans tache. Cet acte met la Corse en face de ses propres responsabilités. Il est impossible dans ce cas présent d’invoquer une quelconque mafia à moins que l’enquête ne démontre le contraire. Ce crime peut-être malheureusement est l’un de ceux qui ensanglantent la Corse depuis des siècles. Car ces assassinats « du quotidien » sont les traces de comportements archaïques pour ne pas dire barbares. Encore une fois, à l’heure actuelle, on ne sait rien de ce crime sinon qu’on n’a pas retrouvé de voiture brûlée à proximité, ce qui est généralement la marque du grand banditisme. Il nous faut donc envisager la piste un acte de haine pure. Trop de fois, les armes nous racontent ces comportements proches de la déraison. On tue pour un regard de travers, pour une parole mal interprétée, pour des rumeurs qui se répandent afin de créer une atmosphère propice au passage à l’acte. L’émotion suscitée par la mort de Pierre Alessandri nous interpelle justement parce qu’elle est de celle qui peut frapper n’importe quelle personne qui porte haut des valeurs de courage et d’honnêteté.

La « mafia » c’est aussi un peu de nous


Trop souvent, on incrimine l’extérieur : les immigrés, les Français. Ou alors on utilise des concepts globalisants qui nous exonèrent de nos propres responsabilités. C’est la faute à la mafia, de l’État sans jamais pointer du doigt notre propre responsabilité. Dans le cas de l’assassinat de Pierre Alessandri, nous feignons de n’y être pour rien. Mais ces criminels, quels qu’ils soient ils viennent de chez nous, ce sont les nôtres. La société corse, comme toute autre société, comprend une immense partie de braves gens et une poignée de canailles qui s’offre la protection de notre amitié, de notre affection. Et j’en parle en connaissance de cause sans parvenir à trouver de solution à ce dilemme. En fait, soyons honnêtes, même lorsque nous dénonçons des phénomènes sociétaux, nous les extériorisons de peur de découvrir qu’ils font partie de notre culture profonde : les clans, la promiscuité, le piston… Et peut-être inconsciemment nous craignons qu’en les détruisant, nous perdrions une part plus importante de notre spécificité, de notre âme profonde. La preuve ? Les nationalistes ont récréé les solidarités claniques et usent du piston comme ceux qu’hier ils condamnaient. Ils dénoncent « la mafia », mais conservent des liens avec des « personnes défavorablement connues de la police ».

Que faire et comment faire ?


Les peuples sont habités par des permanences constituées par le relief, le climat, l’histoire, l’économie. Et cela ne se défait pas au gré des faits divers. Au lieu de lever les bras au ciel à chaque assassinat il faut que les Corses se penchent sur leur histoire, la vraie, pas le roman historique. Ils se rendront compte de l’immuabilité de certains de nos comportements. Et c’est vraisemblablement là qu’il faut porter le fer, mais avec habileté vraisemblablement par l’éducation en démontrant combien les relations harmonieuses sont préférables aux conflits. Osons nous regarder dans un miroir. Car la répression seule ne réglera pas les comportements profonds. Nous sommes des îliens et nous vivons dans la peur de ne pas être reconnus à notre juste valeur. Or le système actuel nie en grande partie la réussite hors réseaux, hors piston. Privilégions donc les talents, favorisons les échanges avec l’extérieur, mettons en exergue nos réussites, affirmons à nos enfants qu’ils peuvent réussir sans la violence, sans les armes, sans les pressionsæ. Les résultats arriveront beaucoup plus vite qu’on ne le pense.

GXC
Photo : D.R
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