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La France au bord de la rupture : une crise qui n’est plus seulement budgétaire

L’État dépense ce qu’il n’a plus

La France au bord de la rupture : une crise qui n’est plus seulement budgétaire



La France n’est pas encore en faillite. Mais elle est entrée dans cette zone dangereuse où les difficultés commencent à se nourrir les unes les autres. Dette, déficit, croissance presque inexistante, pouvoir d’achat en recul, prix de l’énergie, fiscalité déjà très lourde : leur simultanéité change tout. Avec une dette d’environ 3 536 milliards d’euros et un déficit supérieur à 5 % du PIB, nous ne sommes plus devant un simple accident budgétaire. D’autant que la croissance attendue pour 2026 a été divisée par deux : 0,5 % selon le gouvernement, 0,4 % selon l’Insee. La France ne ralentit plus seulement. Elle risque de décrocher de ses voisins.


L’État dépense ce qu’il n’a plus

La France dépense davantage qu’elle ne gagne et emprunte pour combler la différence. Tant que les marchés lui font confiance, le système tient. Mais s’ils doutent de sa capacité à revenir à l’équilibre, les taux montent et la charge de la dette augmente. L’hypothèse d’une intervention de la Banque centrale européenne n’est donc plus totalement théorique. La France redécouvre qu’aucun pays ne peut durablement vivre au-dessus de ses moyens.

L’impôt ne peut plus tout régler

Pendant longtemps, nous avons répondu à l’augmentation des dépenses par une taxe, une contribution ou une cotisation supplémentaire. Cette possibilité arrive elle aussi à son terme. La France figure déjà parmi les pays où la richesse produite est le plus fortement prélevée. Augmenter encore les impôts risquerait d’affaiblir les entreprises et l’investissement. Il faut donc économiser. Mais il faut alors dire où : retraites, santé, collectivités, aides sociales, effectifs publics ? Chaque économie abstraite recueille une majorité ; toute économie concrète déclenche une opposition.

Le pouvoir d’achat devient la véritable bombe sociale

À cette crise s’ajoute celle que chacun mesure immédiatement : le pouvoir d’achat. Lorsque le litre de carburant approche ou dépasse deux euros, pour celui qui habite à trente kilomètres de son travail, ce n’est pas une statistique, mais plusieurs dizaines d’euros de moins à la fin du mois. Même chose pour l’électricité, l’alimentation ou le logement. L’État intervient alors par des aides et des boucliers tarifaires. Mais il dépense de l’argent qu’il n’a pas, creuse son déficit, puis explique qu’il faut réduire ce même déficit. Le cercle se referme.

Investir ou réduire le déficit : le piège

La France doit pourtant préparer l’avenir. Réindustrialisation, énergie, infrastructures, numérique, défense, adaptation au changement climatique : or l’investissement des entreprises recule au moment même où il faudrait l’accélérer. C’est là que se trouve le piège : il faut investir davantage pour retrouver de la croissance, tout en réduisant un déficit qui prive l’État de ses marges de manœuvre. Sacrifier l’investissement pour améliorer les comptes à court terme, c’est risquer de réduire la croissance et les recettes de demain.

Une crise politique autant qu’économique

À cela s’ajoute l’approche de 2027. Toute économie devient un sujet électoral, toute réforme un risque politique, tout effort demandé une menace dans les urnes. Depuis la dissolution de 2024, la France semble installée dans l’impossibilité de décider : chacun sait qu’il faudra agir, mais personne ne veut assumer le coût de l’action. L’incertitude freine l’investissement, la faible croissance réduit les recettes et rend les économies plus nécessaires encore. Reporter les décisions ne fait qu’en augmenter le coût.

Le moment des choix

La France se trouve devant une équation qu’elle a longtemps refusé de regarder en face. On ne peut pas maintenir toutes les dépenses, protéger totalement le pouvoir d’achat, ne pas augmenter les impôts, préserver toutes les prestations, investir davantage et réduire en même temps la dette. Cette équation n’existe pas. Il faudra choisir.
Le véritable danger n’est probablement pas une faillite brutale, mais une lente dégradation : chacun s’appauvrit un peu, l’État devient moins capable d’agir, les prélèvements restent élevés tandis que les services se dégradent et que l’investissement recule. Une démocratie peut survivre à une crise économique grave. Elle survit beaucoup plus difficilement à la conviction que ses dirigeants savent ce qui doit être fait, mais ne sont plus capables de le faire.

Jean-François Lanfranchi
crédit illustration : D.R
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